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Affaire Epstein : l'ex-prince Andrew en garde à vue, un choc pour la monarchie britannique
L'ex-prince Andrew a été arrêté et placé des heures durant en garde à vue jeudi, à la suite d'allégations de "manquement dans l'exercice de fonctions officielles" liées à l'affaire Epstein, du jamais vu dans l'histoire moderne de la monarchie britannique.
Le prince déchu, qui était retenu dans un commissariat du Norfolk, proche de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre), a finalement été relâché en soirée "en attendant la suite de l'enquête", a indiqué dans un communiqué la police de Windsor, qui avait annoncé son arrestation en début de matinée.
La police a aussi précisé que les perquisitions qu'elle avait annoncées dans la matinée dans deux résidences liées à Andrew étaient terminées pour l'une mais toujours en cours pour l'autre. Les résidences visées étaient celles de Sandringham et sa précédente résidence de Royal Lodge, à Windsor.
Dans un rare communiqué peu après l'arrestation, le roi Charles III, frère aîné d'Andrew, a réagi en affirmant que "la justice doit suivre son cours", tout en soulignant sa "plus profonde inquiétude".
Il s'est ensuite rendu comme prévu à un défilé de mode pour l'ouverture de la Fashion Week londonienne et s'y est montré souriant.
Le président américain Donald Trump a lui jugé cette arrestation "très triste".
"Je pense que c'est une honte. Je pense que c'est très triste. Je pense que c'est tellement mauvais pour la famille royale", a confié le président américain aux journalistes à bord de son avion.
Le prince héritier William et son épouse Kate sont eux restés discrets, faisant simplement savoir qu'ils "soutenaient" la position du roi.
Début février, la police de Thames Valley avait indiqué "évaluer" des allégations selon lesquelles Andrew avait transmis des informations potentiellement confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie effectués lorsqu'Andrew était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.
- "Intouchables" -
Plusieurs personnes interrogées par l'AFP à Londres ont accueilli jeudi cette arrestation avec joie, reflet de l'hostilité de l'opinion publique envers celui qui reste huitième dans l'ordre de succession au trône.
"Je pensais qu'ils (la famille royale, ndlr) étaient intouchables, c'est bien de savoir qu'ils ne sont pas au-dessus des lois, cela montre que la justice fonctionne", s'est réjouie Maggie Yeo, retraitée de 59 ans.
Harvey Jackson, 21 ans, rencontré dans un pub près de Sandringham, a dit "ne pas être surpris": "Où qu'il aille, il allait avoir des problèmes".
Ces derniers jours, la police avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière livraison des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.
De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, déchu de tous ses titres royaux par le roi en octobre, sur lesquelles Andrew n'a jamais fait de commentaire.
La police de Thames Valley avait notamment indiqué se pencher sur des allégations selon lesquelles une femme avait été envoyée au Royaume-Uni par Epstein en 2010 pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, dans sa résidence de Windsor.
- Allégations d'agressions sexuelles -
La police n'a pas évoqué ces accusations jeudi. On ignore si elle pourrait l'interroger sur ce sujet.
Andrew a aussi été accusé par l'Américaine Virginia Giuffre d'agressions sexuelles remontant à l'époque où elle avait 17 ans - des accusations qu'il a toujours démenties dans le passé.
Les frères et sœurs de Virginia Giuffre se sont dit eux jeudi "réconfortés de savoir que personne n'est au-dessus des lois, pas même la royauté", ajoutant qu'Andrew n'avait "jamais été un prince", dans un communiqué.
En 2022, une action en justice intentée par Virginia Giuffre contre Andrew s'était soldée par un accord à l'amiable de plusieurs millions de livres.
La tentaculaire affaire Epstein - dans laquelle jusqu'ici une seule personne, Ghislaine Maxwell, ex-compagne d'Epstein, a été condamnée - a mis en cause de multiples personnalités à travers le monde.
Mais la monarchie britannique est en première ligne, et cette arrestation, inédite depuis le XVIIe siècle, "met à l'épreuve sa transparence et ses responsabilités", a estimé l'historienne de la monarchie Anna Whitelock, de la City University de Londres.
Pour l'expert royal Ed Owens, "Andrew est comme une bombe non explosée" que la reine Elizabeth II - dont Andrew avait la réputation d'être le fils préféré - aurait léguée à Charles.
La police demandera-t-elle des informations sur sa période d'envoyé au commerce, ses relations avec Ghislaine Maxwell, ou voudra-t-elle interroger les membres de la famille royale? "Toutes ces questions sans réponse doivent contribuer à l'anxiété du roi", a-t-il estimé.
O.Salim--SF-PST