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Le nouveau navire baleinier japonais débute sa première campagne de chasse
Sur le grill, le cuisinier retourne un épais steak de baleine, un mets traditionnel au Japon que certains aimeraient voir revenir en grâce dans l'archipel, alors qu'un nouveau grand baleinier est entré en activité mardi.
Cette viande, dont la consommation est proscrite par de nombreux pays, est également disponible en sashimis chez Nisshin Maru, un restaurant de la ville portuaire de Shimonoseki (ouest du Japon) portant le nom de l'ancien principal baleinier japonais.
Les campagnes de pêche de ce navire dans l'océan Austral ont été régulièrement perturbées par des défenseurs de l'environnement, comme l'ONG Sea Shepherd. Il a été mis à la retraite l'an dernier, après plus de trente ans d'activité.
Son successeur, le Kangei Maru, est un imposant navire-usine de 100m de long et près de 9.300 tonnes qui peut conditionner et stocker la viande de baleine à son bord.
Il a quitté mardi son port d'attache de Shimonoseki pour une campagne de plusieurs mois au large du nord-est du Japon, inaugurant une nouvelle ère pour une industrie défendue bec et ongles par le gouvernement nippon.
"Nous espérons que manger de la viande de baleine deviendra plus courant au Japon", déclare à l'AFP Ryosuke Oba, le gérant du restaurant Nisshin Maru.
Au mur est accrochée une photo du navire éponyme, arborant sur son flanc le mot "recherche" en grosse lettres blanches.
- Une viande qui ne fait plus recette -
La pêche commerciale de baleines a été bannie en 1986 dans le monde avec l'entrée en vigueur d'un moratoire international de la Commission baleinière internationale (CBI) pour protéger leurs espèces, dont certaines étaient devenues très menacées.
Mais le Japon a continué à pêcher la baleine d'une manière extrêmement controversée, en exploitant une clause du moratoire autorisant des missions scientifiques. Il a quitté la CBI en 2019 pour s'affranchir du moratoire, tout en limitant désormais sa zone de chasse à son propre espace maritime.
Le pays est l'un des trois derniers pays à chasser la baleine, avec la Norvège et l'Islande.
"Attrapez de grosses baleines et revenez sains et saufs!", disait une lettre lue mardi par des enfants de Shimonoseki, qui ont également dansé lors d'une cérémonie pour le départ du Kangei Maru.
Le nouveau bateau-usine, dont la construction a coûté 7,5 milliards de yens (44 millions d'euros), prévoit de contribuer avec une flotille à la capture d'environ 200 de ces mammifères d'ici la fin de l'année.
Ces cétacés sont chassés depuis des siècles au Japon, et leur viande a été une précieuse source de protéines pour sa population dans les années de misère qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.
Mais sa consommation dans le pays a chuté à environ 1% de son pic des années 1960, soit environ 2.000 tonnes par an: d'autres viandes (boeuf, porc, poulet) sont progressivement devenues plus accessibles, alors que les prises de baleines, sous l'effet des contraintes réglementaires internationales, devenaient plus faibles.
"Manger de la baleine fait partie de l'identité du peuple japonais", plaide Shintaro Maeda, le maire de Shimonoseki. Les cantines scolaires de sa ville servent de la viande de baleine, mais "il y a encore beaucoup de gens, même à Shimonoseki, qui ne savent pas comment la manger", regrette-t-il.
- Eviter la confrontation -
Pour tenter d'y remédier, l'entreprise baleinière Kyodo Senpaku a notamment installé des distributeurs automatiques de viande de baleine dans plusieurs villes, dont Tokyo.
Kazuhiro Fujino, 48 ans, propriétaire d'un magasin de viande de baleine, affirme avoir "bon espoir" de voir ses ventes stimulées par l'augmentation des prises grâce au Kangei Maru.
"Le Japon dépend aujourd'hui des importations pour tout", et "capturer des baleines est une bonne idée" pour augmenter sa capacité d'autosuffisance en cas de pénurie alimentaire, pense-t-il.
Mais ce vieil argument du Japon n'est guère convaincant pour des ONG environnementales, soulignant que cela risque de fragiliser encore davantage certaines espèces qui subissent déjà la pollution plastique et le changement climatique.
L'indignation internationale n'est cependant pas comparable à celle suscitée il y a une dizaine d'années, quand le Japon, qui ne pouvait pas chasser la baleine dans ses propres eaux en raison du moratoire de la CBI, se tournait vers l'Antarctique.
"Si nous pouvons continuer à capturer la même quantité de baleines qu'auparavant, voire plus, dans les eaux entourant nos côtes, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'aller jusqu'à l'océan Antarctique", où le Japon peut "faire face à des critiques", reconnaît M. Fujino.
M.Qasim--SF-PST