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Oubliez les mammouths! Une étude montre comment faire revivre une espèce éteinte de rats
Depuis le film Jurassic Park, l'idée de ramener à la vie des espèces éteintes fascine. Mais vers quoi les scientifiques devraient-ils se tourner en premier?
Au lieu de se concentrer sur des espèces emblématiques comme le mammouth laineux ou le tigre de Tasmanie, une équipe spécialisée dans la paléogénétique a cherché à déterminer la méthode qui permettrait de ressusciter l'humble Rattus macleari. Cette espèce de rats endémique de l'île Christmas, dans l'océan indien, a disparue il y a environ 120 ans.
Les chercheurs ne sont pas allés jusqu'à réellement recréer un spécimen vivant, mais selon eux, leur étude publiée mercredi dans la revue Current Biology montre à quel point les scientifiques travaillant sur des projets dits de "désextinction" pourraient s'en approcher.
"Je ne fais pas de la désextinction, mais je pense que c'est une idée intéressante, et techniquement, c'est très enthousiasmant", a déclaré à l'AFP l'auteur principal de ces travaux, Tom Gilbert, de l'université de Copenhague.
Trois techniques sont explorées pour ressusciter des animaux disparus: croiser des espèces proches afin de retrouver certains traits perdus; le clonage; et enfin l'édition génomique. C'est sur cette dernière que se sont penchés Tom Gilbert et ses collègues.
L'idée est de prendre de l'ADN de l'espèce éteinte, et de comparer son génome à des espèces modernes proches. Une fois la plus proche sélectionnée, l'outil CRISPR, surnommé ciseaux moléculaires, est utilisé afin d'éditer le génome moderne là où il diffère de l'ancien.
Les cellules ainsi modifiées pourraient ensuite être utilisées pour créer un embryon, à implanter chez une mère porteuse.
Selon Tom Gilbert, l'ADN ancien est comme un livre passé à la broyeuse. Le génome d'une espèce moderne, lui, est le livre de référence, intact, qui peut être utilisé pour déchiffrer les fragments abîmés de son ancêtre.
L'intérêt du chercheur pour ces rats a été suscité par un collègue ayant étudié leur peau, à la recherche de traces de pathogènes liés à leur extinction, autour de l'année 1900.
L'hypothèse est que des rats noirs rapportés à bord de bateaux européens ont décimé la population de rats locale. Ces derniers étaient grands, avec une longue queue jaune, et de petites oreilles rondes, selon une description dans une revue scientifique datant de 1887.
- Fonctions clés perdues -
Les chercheurs ont utilisé des rats bruns, communément présents dans les laboratoires, comme espèce moderne de référence. Ils ont déterminé pouvoir reconstituer 95% du génome du rat de l'île Christmas.
Bien que cette proportion puisse sonner comme un franc succès, les 5% perdus font partie de régions du génome contrôlant l'odorat et le système immunitaire: le rat ressuscité ressemblerait ainsi certainement à l'ancien, mais il lui manquerait certaines fonctions clés.
"Même si nous avons pour ainsi dire la situation parfaite en termes d'ADN ancien, avec un très bon échantillon, que nous avons séquencé au maximum, il nous manque toujours ces 5%", a-t-il dit.
Les deux espèces ont commencé à diverger il y a 2,6 millions d'années, il n'y a pas très longtemps du point de vue de l'évolution, mais il y a malgré tout trop longtemps pour pouvoir reconstruire le génome entier.
Ces résultats ont d'importantes implications pour les projets de "désextinction" en cours, comme celui d'une entreprise américaine de faire revivre un mammouth.
Les mammouths, éteints il y a environ 4.000 ans, sont aussi éloignés des éléphants modernes que le Rattus macleari des rats bruns.
En Australie, une équipe est pour sa part en train de chercher à faire revivre le tigre de Tasmanie, dont le dernier spécimen est mort en captivité en 1936.
Mais même si la technique d'édition des gènes était encore améliorée, sans pouvoir recomposer un génome identique, les animaux créés présenteraient toujours des différences importantes.
"Si vous ramenez à la vie un mammouth simplement pour avoir un éléphant à poils dans votre zoo, pour lever des fonds ou sensibiliser à la cause de la protection animale, alors ça ne pose pas vraiment problème", explique Tom Gilbert.
Mais si le but est de le ramener dans sa forme exacte, par exemple pour le réintroduire dans la nature, "cela n'arrivera jamais", dit-il.
Par ailleurs, le chercheur admet que même si cette science est fascinante, ces projets de "desextinction" provoquent en lui des sentiments mitigés.
"Je ne suis pas convaincu que ce soit le meilleur emploi que l'on puisse faire de son argent", dit-il. "Si vous deviez choisir entre ressusciter quelque chose et en protéger une autre qui existe encore, je miserais sur la protection."
G.AbuGhazaleh--SF-PST