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La police indonésienne sur la sellette après la bousculade meurtrière dans un stade
La police indonésienne était sur la sellette mardi, mise en cause par des supporteurs après un mouvement de foule dans un stade qui a fait 131 morts après un match ce week-end, un des pires drames de l'histoire du football.
Face à la colère du public, les premières sanctions sont tombées contre les policiers jugés responsables de la bousculade meurtrière dans le stade de football de Malang (est de Java), quand la police a commencé à envoyer de grandes quantité de gaz lacrymogène pour maîtriser la foule, selon des témoins.
Les supporteurs du club local Arema FC ont créé un centre à Malang lundi pour recueillir des plaintes et annoncé qu'il comptaient poursuivre les policiers jugés responsables d'avoir visé de façon aléatoire le public bloqué dans les tribunes.
"S'il y avait des émeutes, le gaz lacrymogène aurait dû être dirigé vers le terrain, pas vers les tribunes", a jugé Danny Agung Prasetyo, coordinateur des supporteurs de l'Arema FC.
Les agents suspendus appartenaient à la Brigade mobile (aussi appelée Brimob), une unité paramilitaire de la police connue pour ses méthodes agressives de gestion des foules, a-t-il précisé.
Le bilan des victimes s'est alourdi mardi: le responsable de l'agence sanitaire locale, Wiyanto Wijoyo, a indiqué à l'AFP que six nouvelles personnes avaient succombé à leurs blessures.
Le chef de la police régionale Nico Afinta a présenté ses excuses après le drame. "Je suis préoccupé, attristé et en même temps je suis désolé pour les manquements au sein du dispositif de sécurité", a-t-il déclaré.
- "Usage excessif de la force" -
Le gouvernement a suspendu tous les matchs de la première ligue nationale et lancé une enquête sur le drame. Elle pourrait durer deux à trois semaines.
Les tribunes du stade Kanjuruhan à Malang étaient remplies de milliers de jeunes "Aremania", des supporteurs de l'Arema FC venus voir samedi soir leur équipe affronter celle de Persebaya Surabaya, de la ville voisine.
Mais après une défaite de leur équipe 3 à 2, la première depuis des décennies, des fans sont descendus sur le terrain pour interpeller joueurs et dirigeants.
La police a tenté de contrôler la foule sur le terrain par la force, à coups de matraque, selon des témoins et des images vidéo, mais cela a encouragé plus de supporteurs à venir prêter main-forte à ceux déjà sur la pelouse.
Les appels à une enquête indépendante se sont multipliés alors qu'émergeaient les détails de la soirée sanglante de samedi à dimanche.
"Il n'y a pas de directive visant à tirer des gaz lacrymogènes et (...) à fermer" les portes, a expliqué mardi en conférence de presse Albertus Wahyurudhanto, membre de la Commission indonésienne des droits humains (Komnas HAM).
Signe de la colère des fans, des carcasses de véhicules de police incendiés étaient visibles devant le stade et de nombreux graffitis sont apparus pour critiquer la police. "Nos amis sont morts ici", accuse l'un d'eux.
- Frappés directement -
De nouvelles veillées funèbres étaient prévues mardi, après le dépôt de fleurs et de pétales la veille devant le stade en hommage aux victimes.
Le ministère de la Santé a indiqué que toutes les victimes avaient été identifiées. Il a recensé 68 blessés graves et 219 personnes avec des blessures plus légères.
La violence dans le football indonésien est un problème de longue date et les fans de Persebaya Surabaya avaient été interdits d'accès pour ce match. Mais les supporteurs assurent ne pas être à l'origine de la tragédie.
Des responsables indonésiens ont indiqué que plus de billets que prévu avaient été vendus et, selon des témoins, certaines portes sont restées closes au moment de la bousculade.
Les spectateurs les plus costauds ont pu escalader des barrières et ainsi échapper au mouvement de foule mais les plus vulnérables, dont des femmes et des dizaines d'enfants, n'ont pas survécu à la pression de la foule et aux lacrymogènes.
"Les portes étaient fermées, c'est pourquoi les gens poussaient", tandis que certains se réfugiaient dans les coins, a raconté à l'AFP un survivant âgé de 16 ans. "Dans les gradins, certains ont été frappés directement" par les lacrymogènes, "je l'ai vu moi-même".
Cette tragédie est la pire jamais enregistrée dans un stade indonésien.
"On pouvait voir que quelque chose de mauvais pouvait se produire. C'est le type de crainte que l'on a quand on va voir un match ici", explique Pangeran Siahaan, un expert du football indonésien. "Il y a beaucoup de dangers à chaque fois que l'on se rend dans un stade de football en Indonésie".
Q.Bulbul--SF-PST