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A Bruxelles, une rencontre inédite entre responsables talibans et l'UE sur l'immigration
Des responsables talibans sont venus mardi à Bruxelles pour discuter avec l'Union européenne du renvoi d'exilés afghans vers leur pays d'origine, une rencontre inédite qui a suscité la colère de défenseurs des droits humains.
C'est la première fois que des représentants de l'administration talibane étaient reçus par l'UE dans la capitale européenne.
"Les réunions ont été constructives et l'on peut espérer qu'elles déboucheront sur des évolutions positives", a affirmé un responsable afghan, sous couvert d'anonymat.
Markus Lammert, un porte-parole de la Commission européenne, a confirmé de son côté la tenue de cette réunion "technique" entre des représentants d'Etats européens et des "autorités afghanes de facto, responsables du retour et de la réadmission" des migrants.
Des pays de l'UE voudraient en priorité renvoyer en Afghanistan des "personnes représentant une menace pour la sécurité et des criminels ayant commis des infractions graves", selon Bruxelles.
Quelque quinze Etats membres ont participé à cette réunion, "ce qui a permis de donner suite aux discussions techniques qui avaient eu lieu en janvier 2026 à Kaboul, en particulier en ce qui concerne l'identification des rapatriés, la délivrance des documents de voyage et leur retour", a précisé Markus Lammert.
Le gouvernement taliban est revenu au pouvoir en 2021, après 20 ans de guerre et un retrait précipité des forces américaines d'Afghanistan, mais n'a depuis jamais été reconnu par l'Union européenne.
Depuis cette date, les talibans se targuent d'avoir rétabli la sécurité dans un pays qui a connu des décennies de guerre et de nombreuses attentats dans le passé.
- Crédibilité "sapée" -
"Nous n'allons pas reconnaître le régime taliban, certainement pas, mais je pense qu'il est malgré tout important de leur parler" des questions migratoires, avait mis en avant le commissaire européen Magnus Brunner, il y a une dizaine de jours.
Cette réunion à Bruxelles a provoqué une pluie de critiques de la part de défenseurs de droits humains, dont celles de la lauréate du prix Nobel de la paix Malala Yousafzai.
La militante pakistanaise s'est dite "ébranlée et profondément troublée" par cette visite, en accusant les autorités talibanes "d'arrêter, de battre et d'exécuter les femmes qui osent s'exprimer ou enfreindre leurs règles".
L'ONG Amnesty International a organisé un bref rassemblement de protestation devant la Commission européenne.
"Les pays de l'UE sapent leur crédibilité en condamnant d'un côté les exactions des talibans, exigeant que leurs auteurs rendent des comptes, tout en coopérant avec les talibans sur les retours forcés d'autre part", a dénoncé pour sa part Human Rights Watch (HRW).
Face aux critiques, la Commission européenne souligne depuis des semaines que cette réunion, coordonnée avec la Suède, se déroule à un "niveau technique", et donc pas directement avec les dirigeants du gouvernement afghan.
- Un million de demandes d'asile -
La rencontre fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan, portant sur le même sujet, a aussi fait valoir l'exécutif européen.
Les pays de l'UE ont reçu environ un million de demandes d'asile déposées par des Afghans entre 2013 et 2024, selon l'agence de statistiques de l'UE. Environ deux fois moins ont été approuvées sur cette période.
Une vingtaine de pays de l'UE cherchent des voies pour renvoyer des migrants vers l'Afghanistan.
Dans une lettre en octobre, ces Etats membres avaient réclamé à Bruxelles "des solutions diplomatiques et pratiques" pour avancer sur ce dossier.
Mardi, la délégation talibane était conduite par Abdul Qahar Balkhi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères afghan.
Cinq responsables talibans avaient obtenu l'autorisation d'entrer en Belgique, selon une porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères, avant qu'une source au fait des discussions confirme leur présence à Bruxelles mardi.
Les visas ont été octroyés après un examen du profil des cinq responsables par les services de renseignement belges. Cette analyse a montré qu'ils ne constituaient pas une menace.
I.Matar--SF-PST