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Mexique: enquête et spéculations après l'assassinat en direct d'une influenceuse
Le Mexique tente d'éclaircir le mobile de l'assassinat d'une influenceuse de 23 ans en direct sur TikTok mardi près de Guadalajara, un des fiefs du crime organisé qui n'épargne pas les vedettes des réseaux sociaux.
Valeria Marquez a été tuée par balles mardi soir dans son salon de beauté à Zapopan, dans l'ouest du pays, en direct sur le réseau social TikTok où elle comptait plus de 100.000 abonnés, alors qu'elle présentait un de ses programmes de conseils beauté.
Des agents du parquet ont poursuivi jeudi des enquêtes de voisinage près du local qui a été placé sous scellé, a constaté un correspondant de l'AFP, deux jours après ce crime qui a alimenté les spéculations à travers le pays.
Le parquet, qui a ouvert une enquête pour "féminicide", a dit jeudi que rien ne venait étayer à ce stade la piste d'un ex-fiancé lié au cartel Jalisco nueva generacion (CJNG), mise en avant par plusieurs médias mexicains.
La vidéo de l'assassinat a été visionnée des centaines de milliers de fois.
"Tu es Valeria?", lui demande d'un ton enjoué et amical la voix d'un homme qui se trouve hors-champ, selon la vidéo visionnée par l'AFP. "Oui", répond la jeune femme, en regardant son interlocuteur d'un air de plus en plus angoissé.
Elle coupe le son et s'effondre quelques secondes plus tard, sous l'impact des coups de feu - trois, selon les premiers éléments de l'enquête. Par la suite une main arrête la retransmission.
- "Ils allaient m'enlever ou quoi" -
Auparavant, la victime, vêtue d'un débardeur couleur fuchsia, avait reçu un cochon en peluche aux couleurs presque assorties.
Accompagnée d'une assistante hors-champ, l'influenceuse s'était alors montrée surprise qu'un coursier souhaite lui remettre en personne des cadeaux pendant l'enregistrement de sa vidéo.
"Ils allaient m'enlever ou quoi", s'était-elle interrogée, mi-ironique, mi-inquiète, ajoutant: "Peut-être qu'ils allaient me tuer".
Des médias mexicains ont spéculé mercredi sur la responsabilité présumée d'un homme présenté comme l'ex-petit ami de Valeria Marquez, et comme responsable du CJNG.
Sur les réseaux sociaux, des accusations de complicité ont par ailleurs visé une jeune femme qui, dans la vidéo, demande à l'influencense de ne pas quitter le salon de beauté.
"Devant des versions journalistiques qui désignent directement des responsables présumés de la mort d'une femme à Zapopan, le parquet de l'Etat (du Jalisco) précise qu'il n'existe jusqu'à présent dans le dossier de l'enquête en cours aucun signalement contre une personne en particulier", a toutefois indiqué jeudi le parquet.
Très peu d'enquêtes sur des homicides ou des féminicides aboutissent à des condamnations au Mexique.
- "Rien entendu" -
Jeudi, des voisins ont indiqué au correspondant de l'AFP n'avoir guère d'éléments à apporter. "Elle venait toujours seule", a déclaré un serveur sous couvert de l'anonymat. "On n'a rien entendu", ajoute l'employé d'un commerce voisin.
Valeria Marquez n'avait jamais fait état d'aucune menace, d'après le maire de Zapopan, Juan José Frangie.
Se montrant en voiture, sur un yacht ou dans un avion privé, l'influenceuse aux longs cheveux blonds publiait vidéos et photos sur TikTok (plus de 90.000 abonnés) et Instagram (115.000).
En août dernier, la jeune femme avait ouvert le salon de beauté Blossom dans un centre commercial de Zapopan, banlieue à la fois huppée et violente de Guadalajara.
Plusieurs influenceurs ont été tués au Mexique, soupçonnés de liens avec le crime organisé.
L'un d'eux "el Pirata de Culiacan", avait auparavant "menacé" le chef du CJNG, selon l'expert en nouveaux médias Maurizio Cabrera.
Pour l'expert en sécurité David Saucedo, "les influenceurs sont devenus une pièce supplémentaire dans l'engrenage de la structure du crime organisé".
Le CJNG, un cartel de drogue, fait partie des huit mafias criminelles d'Amérique latine - dont six mexicaines - classées sur une liste d'organisations "terroristes" par l'administration américaine de Donald Trump.
En 2024, près de 3.430 femmes ont été victimes de morts violentes au Mexique, selon un document du Parlement mexicain. Le pays enregistre une moyenne de 30.000 homicides par an.
De ce total, 829 femmes ont été victimes d'un féminicide présumé et 2.598 femmes ont été victimes d'un simple homicide, d'après ce même document. Des féministes contestent cette distinction entre féminicides et homicides ordinaires, et parlent de dix assassinats de femmes par jour.
H.Jarrar--SF-PST