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Bétharram: Bayrou, offensif, rejette les accusations de mensonges
Offensif, François Bayrou a rejeté mercredi à l'Assemblée nationale les accusations de mensonge ou de mansuétude à l'égard des dirigeants du collège-lycée Notre-Dame de Bétharram, redisant sous serment ne pas avoir eu d'informations privilégiées sur les violences physiques et sexuelles dans l'établissement.
Le Premier ministre a dédié son audition par une commission d'enquête parlementaire aux "victimes". "Si ma présence comme cible politique a permis que ces faits apparaissent, ce +Me too+ de l'enfance, alors cela aura été utile", a-t-il affirmé. Les révélations sur Bétharram ont libéré la parole dans d'autres institutions catholiques.
Usant parfois d'un ton de défi, François Bayrou a dénoncé d'emblée "l'instrumentalisation" politique de l'affaire pour "abattre" le "gouvernement" après avoir juré, peu après son arrivée à 17H00, de dire la vérité sur une affaire qui empoisonne son action à Matignon.
"Je maintiens l'affirmation qui est la mienne. Je n'ai pas eu d'autres informations comme ministre de l'Éducation nationale" (1993-97) "et je n'ai bénéficié d'aucune information privilégiée", a répondu le Premier ministre lors d'un échange tendu avec l'élu LFI.
- Duel -
Dans une forme de duel avec l'élu insoumis, parfois à fronts renversés, il l'a accusé d'avoir "menti", dénonçant sa "méthode" qui "consiste à essayer de tirer la réalité".
Le scandale touche intimement François Bayrou, ancien ministre et ancien député, qui a scolarisé plusieurs de ses enfants dans cet établissement catholique réputé, situé près de Pau, la ville dont il est resté maire, et où son épouse a enseigné le catéchisme.
Se sont ajoutées les révélations de sa fille Hélène sur une agression physique par un prêtre dans un camp d'été. Des proches de ce prêtre assurent dans Libération mercredi que M. Bayrou avait été informé à l'époque d'une "gifle" donnée à sa fille.
Le parquet de Pau mène l'enquête depuis un an sur environ 200 plaintes visant des faits présumés de violences et de viols dans l'établissement entre les années 1970 et 1990.
"Je n'ai pas eu le sentiment que la commission était totalement objective", a-t-il encore attaqué, après avoir semé la confusion en demandant la diffusion non autorisée de vidéos.
Le Premier ministre s'est lancé ensuite dans un long récit détaillé de l'audition d'une ancienne professeur de mathématiques de Bétharram, Françoise Gullung, qui dit l'avoir alerté à plusieurs reprises, en la qualifiant "d'affabulation". François Bayrou "fait erreur", lui a répondu Mme Gullung, dans un message à l'AFP.
Il s'est aussi attardé sur les détails du rapport d'inspection qu'il avait commandé en 1996 après une plainte pour violence physique et qui s'était montré favorable à l'établissement. "Je ne sais pas qui a raison" entre l'inspecteur et Mme Gullung, a-t-il dit.
- "Je ne lis pas Mediapart" -
Paul Vannier a aussi voulu confronter François Bayrou au célèbre épisode de la gifle qu'il avait donnée à un jeune garçon qui avait essayé de lui faire les poches, lors d'un déplacement en 2002. L'élu insoumis a semblé s'interroger sur une culture d'acceptation de de la violence, alors que le Premier ministre a parlé d'une "tape de père de famille" qui n'est pas "du tout une claque violente".
Ses proches soulignent qu'il n'est pas l'objet de la commission d'enquête, laquelle porte sur "les modalités du contrôle par l'Etat et de la prévention des violences dans les établissements scolaires".
"Si c'est pour faire un procès politique du Premier ministre, ça ne servira à rien", a prévenu le député MoDem Erwan Balanant.
Après avoir entendu témoins, victimes et anciens ministres, M. Vannier et la macroniste Violette Spillebout rendront leurs conclusions fin juin.
Interrogé pour la première fois en février par le député Vannier après des révélations de Mediapart -"Je ne lis pas Mediapart, c'est une hygiène personnelle", a dit mercredi M. Bayrou-, le Premier ministre avait assuré n'avoir "jamais été informé de quoi que ce soit".
Il avait ensuite multiplié les dénégations, pourtant contredit par un ancien juge, un ex-gendarme et une professeure à la retraite, et même par sa fille aînée Hélène.
L'ex-juge Christian Mirande estime dans Sud-Ouest mercredi que François Bayrou "a fait gonfler le soufflé" de l'affaire en niant initialement être venu le voir en 1998 pour évoquer un dossier de viol impliquant un religieux de l'établissement, le père Carricart, que M. Bayrou connaissait selon lui. "Je ne connaissais pas Carricart", a dit le Premier ministre tout en admettant l'avoir "croisé".
Mais M. Mirande assure que ni lui ni M. Bayrou n'ont violé le secret de l'instruction puisqu'ils ont échangé sur ce que relatait déjà la presse à l'époque.
Quelques dizaines de personnes se sont rassemblées près de l'Assemblée nationale durant l'audition, à l’appel de collectifs dont #NousToutes, pour réclamer la démission de François Bayrou.
N.Shalabi--SF-PST