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Rodrigo Duterte: populaire aux Philippines, désavoué par la communauté internationale
L'ancien président des Philippines, Rodrigo Duterte, s'est attiré les foudres de la communauté internationale pour avoir commandité une guerre meurtrière contre les drogues qui a mené à son arrestation, mardi, pour crime contre l'humanité, malgré son immense popularité dans son pays.
Souvent décrit comme un populiste au ton ferme et se définissant lui même comme un tueur, la campagne anti-drogue de M. Duterte a conduit à la mort de milliers de dealers et de toxicomanes.
Pourtant, tout en étant la cible de condamnations à l'étranger, des dizaines de millions de Philippins ont soutenu sa justice expéditive, alors même qu'il plaisantait sur le viol dans ses discours, qu'il enfermait ses détracteurs et qu'il ne parvenait pas à éradiquer une corruption profondément ancrée dans la société.
Cette confiance fut toutefois écornée par la pandémie du coronavirus, qui a plongé le pays dans la pire crise économique depuis plusieurs décennies, laissant des milliers de morts et des millions de sans emploi alors que les vaccins mettaient du temps à arriver.
Les difficultés de M. Duterte se sont aggravées en 2021, lorsque le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé l'ouverture d'une enquête sur les crimes contre l'humanité commis dans le cadre de sa guerre contre la drogue.
Durant son mandat, l'ancien président a dit à plusieurs reprises qu'il n'existait pas de campagne officielle pour tuer les dealers de drogues et les toxicomanes, mais ses discours comportaient des incitations à la violence: il demandait notamment aux agents de police de tirer mortellement sur les personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants si leur vie était en danger.
- Image de marginal -
"Si vous connaissez des toxicomanes, allez-y et tuez-les vous-même, car il serait trop douloureux de demander à leurs parents de le faire", a déclaré M. Duterte, quelques heures après avoir prêté serment en tant que président en juin 2016.
Ses discours sans filtre font partie de son image de marginal qui a trouvé un bon écho dans un pays où la corruption, la bureaucratie et les dysfonctionnements ont un impact sur la vie de tous les jours.
L'homme, aujourd'hui âgé de 79 ans, ne peut plus se présenter aux élections présidentielles depuis la fin de son mandat de six ans, en 2022, mais reste une figure politique majeure des Philippines, où il est en lice pour retrouver son poste de maire aux élections de mi-mandat en mai.
Ancien allié de la famille Marcos, M. Duterte a même permis à Ferdinand Marcos père, dont le régime brutal réduisait le corps législatif au silence et tuait les opposants, d'être enterré dans le cimetière des héros de la capitale.
Mais M. Duterte est désormais engagé dans une querelle avec l'actuel président Ferdinand Marcos, le fils. Sa fille, la vice-présidente Sara Duterte, fait l'objet d'un procès en destitution devant le Sénat.
- "J'aime Xi" -
Son mandat de président a également été marqué par un éloignement de l'ancien pays colonial, les États-Unis, au profit de la Chine.
"J'aime tout simplement (le président chinois) Xi Jinping... Il comprend mon problème et est prêt à m'aider, alors je dirais merci à la Chine", a-t-il déclaré en avril 2018.
Dans le cadre de ce rapprochement, il a mis de côté sa rivalité avec Pékin au sujet de la mer de Chine méridionale, riche en ressources, choisissant plutôt de courtiser les entreprises chinoises.
Il a affirmé que cette amitié l'avait aidé à obtenir des millions de doses d'un vaccin contre Covid-19 fabriqué en Chine, mais les approvisionnements sont encore loin d'être suffisants.
J.Saleh--SF-PST