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Corée du Sud: jugé pour "insurrection", le président Yoon voulait empêcher une "dictature", selon sa défense
Le président sud-coréen Yoon Suk Yeol, accusé d'"insurrection" pour avoir tenté d'imposer la loi martiale en décembre, voulait empêcher une "dictature législative", a soutenu sa défense lors de la première audience jeudi de son procès au pénal.
L'audience de ce premier procès devant une cour criminelle d'un président en exercice dans l'histoire de la Corée du Sud s'est ouverte à 10H00 (01H00 GMT), dans une salle bondée, avant de s'interrompre au bout de 90 minutes.
Ce procès pénal sous haute sécurité est distinct d'une autre procédure en cours devant la Cour constitutionnelle, appelée à confirmer ou infirmer la destitution de M. Yoon votée le 14 décembre par l'Assemblée nationale.
Arrêté le 15 janvier après s'être retranché pendant des semaines dans sa résidence de Séoul, M. Yoon a été inculpé le 26 janvier et placé en détention provisoire pour six mois, passé lesquels il devra être libéré s'il n'a pas été condamné d'ici-là.
Le parquet, qui accuse le président d'être le "meneur d'une insurrection", a requis jeudi son maintien en détention, invoquant "la possibilité que l'accusé influence ou persuade les personnes impliquées dans l'affaire".
M. Yoon, présent à l'audience, n'a pas pris la parole. Son avocat, Kim Hong-il, a pour sa part demandé au tribunal d'annuler l'acte d'inculpation, fruit selon lui d'une "enquête illégale".
- Chaos politique -
Le président conservateur avait plongé la Corée du Sud dans le chaos politique le 3 décembre en décrétant la loi martiale et en envoyant l'armée au Parlement pour tenter de le museler. Il avait dû faire marche arrière six heures plus tard, les députés étant parvenus à se réunir en urgence et à voter une motion exigeant le retour au régime civil.
Le président avait justifié son coup de force par le fait que le Parlement, dominé par l'opposition, bloquait l'adoption du budget de l'Etat. Dans une allocution télévisée surprise, il avait dit vouloir "protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes" et "éliminer les éléments hostiles à l'Etat".
"La déclaration de la loi martiale n'avait pas pour but de paralyser l'Etat, mais plutôt d'alerter l'opinion publique sur la crise nationale provoquée par la dictature législative du parti dominant de l'opposition, qui avait paralysé l'administration", a plaidé jeudi son avocat.
"Symboliquement, pour souligner le problème de la dictature parlementaire, seule une petite force de 280 soldats a été déployée, strictement pour maintenir l'ordre, avec des instructions claires selon lesquelles ils ne devaient pas être équipés de balles réelles. En outre, le déploiement effectif des forces n'a eu lieu qu'après la déclaration, et aucune personne n'a été blessée", a-t-il ajouté.
M. Yoon reste officiellement le président en attendant le verdict de la Cour constitutionnelle.
- Un autre procès le même jour -
Une audience distincte, devant la Cour constitutionnelle, a débuté jeudi vers 15H00 locales (06H00 GMT). M. Yoon a quitté la salle au bout de cinq minutes, selon un compte-rendu fourni aux journalistes.
Etaient appelés à témoigner pour cette audience, l'ancien Premier ministre Han Duck-soo, également inculpé en tant que président par intérim, et un ancien haut responsable des services de renseignement Hong Jang-won.
Le chef de l'agence nationale de la police sud-coréenne, Cho Ji-ho, également jugé pour insurrection, devait aussi s'exprimer.
Son avocat dans cette affaire, Yoon Kap-keun, a déclaré aux journalistes que le président estimait "inapproprié" d'apparaître dans la même salle d'audience que son ancien Premier ministre, ou de le regarder témoigner.
"Ce n'est pas bon pour le prestige de la nation", a déclaré M. Yoon, cité par son avocat.
Il s'agit de la dixième audience dans cette affaire, probablement l'une des dernières avant que les juges ne se retirent pour délibérer. Ils ont jusqu'au 10 juin pour rendre leur verdict.
Si la Cour confirme la destitution, une élection présidentielle anticipée devra être organisée dans les 60 jours. Dans le cas contraire, M. Yoon sera réinstallé dans ses fonctions.
La majeure partie du procès en destitution de M. Yoon a tourné autour de la question de savoir s'il avait violé la Constitution en déclarant la loi martiale.
Yoon Suk Yeol continue d'être soutenu par une partie de sa formation, le Parti du pouvoir au peuple (PPP), par la frange la plus radicale de la droite sud-coréenne et par d'influents pasteurs évangéliques.
H.Darwish--SF-PST