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Aux portes de Los Angeles, les rescapés des incendies en état de "choc"
Ils n'en croient pas leurs yeux: sous un épais nuage de fumée noire bloquant le soleil, les habitants de la région de Los Angeles continuent d'évacuer mercredi matin face aux incendies qui menacent la ville, et peinent à réaliser l'ampleur de la catastrophe.
Au-dessus du canyon de Santa Monica, près du quartier huppé de Pacific Palisades où le premier incendie s'est déclaré mardi, des dizaines personnes incrédules regardent les villas à plusieurs millions de dollars plongées dans l'obscurité.
Les rafales sont encore tellement fortes qu'elles font trembler les Tesla et Alfa Romeo du quartier, et la voiture de police qui ordonne au mégaphone de "quitter la zone immédiatement".
"Il faut s'inquiéter des cendres dans les poumons. Il faut s'inquiéter pour sa vie avec ces bourrasques de 80 à 100 miles à l'heure", soit 130 à 160 km/h, lâche à l'AFP Sarahlee Stevens-Shippen, en sortant du ravin. "Nous sommes en mode panique."
Cette retraitée de 69 ans vit ici depuis les années 70. Masque sur le nez, elle est retournée dans sa maison à l'aube pour récupérer quelques affaires, après avoir évacué la nuit précédente.
"Lorsque j'ai vu la lueur de l'incendie qui traversait la montagne hier vers 20 heures, j'ai décollé", confie-t-elle. Les flammes "avaient déjà sauté l'autoroute côtière à proximité et des palmiers prenaient feu."
Pendant la nuit, deux autres incendies ont éclaté au nord de la ville, près de Pasadena et dans la vallée de San Fernando. Au moins deux personnes sont mortes, plusieurs dizaines de milliers ont dû fuir et les autorités avertissent que le pire n'est pas encore passé, car le vent doit encore s'aggraver.
"Cela a été un choc qui n'est pas encore passé, mais nous sommes en mode survie, alors nous prenons juste ce qui est nécessaire et nous sortons", reprend Mme Stevens-Shippen.
- "Jamais vu" -
Chargé d'un gros sac plastique bleu rempli de vêtements, Martin Sansing émerge également du canyon par un escalier escarpé. Avec sa femme, ce producteur de télévision vient de fuir sa villa de quatre chambres.
Lorsqu'il l'a achetée pour 1,6 million de dollars il y a quinze ans, dans ce quartier en contrebas des montagnes surplombant Los Angeles, il se croyait à l'abri.
"Nous sommes dans une zone assez urbaine. Nous ne sommes pas sur une colline", explique le quinquagénaire, en toussant à cause de l'air âcre. "Je n'ai jamais imaginé que nous serions touchés."
Chaque automne/hiver, la Californie est balayée par les vents de Santa Ana, chauds et secs. Pour les pompiers, ils représentent un cauchemar, car ils aggravent fortement le risque d'incendie.
Cette semaine, leur force a atteint une intensité jamais vue depuis 2011, selon les météorologistes. Une catastrophe qui tombe au pire moment: le sud de la Californie connaît un hiver très sec, après deux années anormalement pluvieux. La végétation qui a repoussé offre ainsi beaucoup de combustible aux flammes.
"Il est difficile de ne pas penser que ça a un rapport avec ce qui se passe sur la planète", soupire M. Sansing. Avec le changement climatique, "ces phénomènes semblent de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses."
Dans un centre d'hébergement à quelques kilomètres de là, Arlinda Henderson tente encore de réaliser ce qui lui arrive.
Cette habitante du quartier de Pacific Palisades vivait dans sa villa avec son mari depuis 1984. Depuis 40 ans, elle avait déjà vécu quelques évacuations, mais jamais rien d'aussi grave.
"Cette fois-ci, c'était différent", raconte cette retraitée. "Le feu a dévalé la colline très rapidement à cause du vent. Je n'avais jamais rien vu de tel."
L'ex-hôtesse de l'air a tout juste pris ses photos de famille et son chat, avant de fuir.
"Je pense que notre maison a disparu", soupire-t-elle, au milieu des lits picots où elle a passé la nuit. "J'ai essayé d'appeler la maison, et j'ai essayé quelques voisins, mais ça ne sonne pas."
A 76 ans, elle craint désormais que son assurance refuse de la couvrir contre les incendies, si elle reconstruit dans le quartier.
"Je n'arrive pas à croire que Los Angeles soit entourée de feux de forêt, c'est vraiment impressionnant."
G.AbuHamad--SF-PST