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Argentine: nouveau délai, l'examen du non-lieu pour Jegou et Auradou repoussé d'une semaine
L'examen de la demande de non-lieu, autrement dit d'abandon des poursuites, contre les rugbymen français Hugo Auradou et Oscar Jegou, inculpés de viol en Argentine en juillet, a été ajourné à une prochaine audience le 25 octobre, ont annoncé vendredi les avocats.
Lors d'une brève audience à Mendoza (ouest), les avocats de la plaignante ont soumis des éléments additionnels de nature médicale, qui ont été "incorporés" au dossier, a indiqué aux médias son avocate Natacha Romano.
Les pièces fournies portent sur une pathologie de la coagulation de la plaignante, un élément très controversé du dossier, en lien avec les lésions constatées après les relations sexuelles avec les joueurs.
La juge Eleonora Arenas, présidant l'audience, a "rejeté" les arguments de l'accusation sur ces éléments, a expliqué à l'AFP un porte-parole de la justice provinciale de Mendoza, Martin Ahumada.
Neanmoins, selon Me Romano, ces pièces ont "concrètement" été versées au dossier, en vue de l'audience à venir sur le non-lieu.
En conséquence, l'audience de vendredi a été suspendue après un peu plus d'une heure, et "le vendredi 25 le non-lieu sera plaidé, et il se décidera s'il est octroyé ou non", a ajouté M. Ahumada, suggérant une décision le jour même.
- Pathologie, lésions, consentement-
Ce dont doutent des avocats, estimant que la juge pourrait se donner quelques jours supplémentaires pour une décision en délibéré.
Auradou et Jegou, 21 ans, sont depuis plus de trois mois inculpés de viol aggravé en réunion, faits présumés survenus la nuit du 6 au 7 juillet dans un hôtel de Mendoza, où le XV de France venait de jouer un match contre l'Argentine.
Ils affirment depuis le début que les relations sexuelles avec la plaignante, une Argentine de 39 ans rencontrée en boîte de nuit, étaient consenties et sans violence. Son avocate a au contraire dénoncé un viol avec "violence terrible".
D'abord placés en détention provisoire puis assignés à résidence à Mendoza, ils ont été libérés mi-août, puis autorisés à rentrer en France début septembre. Ils ont depuis repris le rugby en clubs : la compétition pour Auradou avec Pau, l'entraînement pour Jegou avec La Rochelle.
Vendredi, les avocats devaient plaider le non-lieu, qu'ils ont demandé il y a un mois et demi. Et le parquet -- deux procureurs co-chargés de l'enquête -- devait lui aussi appuyer ce non-lieu, comme il l'a annoncé début octobre au terme de l'instruction, "pour cause de doutes ou d'absence de preuves".
L'un des avocats argentins des joueurs, Rafael Cuneo Libarona, a déploré vendredi un nouveau "stratagème" des avocats de la plaignante pour retarder la procédure, alors qu"il était prévu de plaider ce jour le non-lieu".
Concernant les éléments discutés vendredi, les avocats de la plaignante contestent, sur la base d'expertises médicales, qu'elle souffre, ou souffre encore à ce jour, d'une pathologie hématologique dite de Von Willebrand, qui peut prédisposer aux ecchymoses ou saignements.
Et qu'en conséquence les "15 lésions" constatées sur son corps "n'ont rien à voir avec cette maladie" sont bien le résultat des coups portés.
La défense des joueurs soutient au contraire, sur la base d'autres expertises, que cette pathologie, que la plaignante avait elle-même dit avoir au cours de l'enquête, expliquerait les bleus et lesions.
- Non-lieu déjà joué ? -
Mais "le coeur du débat n'est pas la maladie, les lésions, c'est le consentement. Y a-t-il eu consentement ou non ? On sait tous que +non+ veut dire +non+, et je défendrai toujours cela" a déclaré Me Cuneo Libarona.
Mais "une femme peut avoir des lésions et ne pas avoir été violée, comme elle peut aussi avoir été violée mais ne pas présenter de lésions".
Sans surprise, la question du consentement a été au coeur du dossier, au fil de l'examen de témoignages, d'images vidéos depuis la boîte de nuit jusqu'à l'hôtel, de messages audios... Autant d'éléments qui ont filtré dans la presse argentine à une fréquence spectaculaire, donnant aux protagonistes une exposition parfois malsaine.
Arrivant à l'audience vendredi, Me Romano avait une nouvelle fois accusé les procureurs en charge de l'affaire -- qu'elle avait tenté de faire récuser -- de "ne pas vouloir tenir compte" de preuves "fondamentales".
Ces derniers jours, autant les avocats des joueurs se montraient optimistes sur un non-lieu, autant ceux de la plaignante, en tout cas l'un, Mauricio Cardello, affichaient une forme de résignation.
"Je pense que cela va être un non-lieu, ce n'est qu'une question de temps", confiait-il à l'AFP.
I.Saadi--SF-PST