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Attentats de novembre 2015: début du procès belge des "petites mains" des commandos
"On a raclé les fonds de tiroirs. Ce sont les résidus du dossier". Un tribunal belge a entamé mardi sous les critiques de la défense le procès de 14 personnes soupçonnées d'avoir apporté une aide, même minime, aux auteurs des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris.
Parmi les 14 prévenus jugés devant le tribunal de Bruxelles, neuf étaient présents mardi après-midi pour la première demi-journée d'audience. Deux sont présumés morts en Syrie et jugés par défaut. Trois étaient absents.
Ce volet de l'enquête sur les attaques de Paris et Saint-Denis qui ont fait 130 morts concerne des suspects écartés de la procédure française, mais soupçonnés par la Belgique d'avoir hébergé, fourni de l'argent ou transporté à l'aéroport certains jihadistes des commandos.
Pour la plupart ils doivent répondre de "participation aux activités d'un groupe terroriste", ce qui peut valoir jusqu'à cinq ans d'emprisonnement.
L'accusation estime qu'ils connaissaient forcément les intentions "terroristes" de ceux qu'ils ont aidés, ce que leurs avocats vont contester dans ce procès prévu jusqu'au 20 mai.
"Ici on a la cinquième roue du carrosse de l'Etat islamique, les résidus du dossier" du 13-novembre, a critiqué devant les médias Me Yannick De Vlaemynck, assurant que les deux prévenus qu'il défend n'ont "pas le profil terroriste".
L'un deux est Ibrahim Abrini, frère de Mohamed Abrini, actuellement jugé à Paris au côté de Salah Abdeslam, qui est le seul membre encore en vie des commandos des attaques revendiquées par le groupe Etat islamique.
Interrogé par le tribunal, Ibrahim Abrini, né en 1995, cadet de sa fratrie, a nié mardi avoir été l'interlocuteur privilégié de Mohamed et avoir connu précisément ses projets, lorsque ce dernier s'est rendu en Syrie fin juin 2015 sur les traces de Souleymane, leur frère tué en zone de combat l'année précédente.
- "En contact permanent" -
D'après l'accusation, Ibrahim et Mohamed sont pourtant restés "en contact permanent" à l'époque, grâce un téléphone que le petit frère avait spécialement dédié aux échanges avec son aîné, "facilitant" ainsi son déplacement sur les terres de l'Etat islamique.
Assis les bras croisés face aux juges, en sweat-shirt vert à capuche, Ibrahim Abrini est aussi resté évasif sur les motifs de l'abandon d'un sac contenant l'ordinateur portable familial, le 13 ou le 14 novembre 2015, quand la capitale française venait d'être attaquée. Son frère avait conduit Salah Abdeslam en région parisienne l'avant-veille des attentats.
Les fichiers effacés de l'ordinateur "c'est un peu comme pour les conversations avec M. (Ahmed) Dahmani (autre accusé du procès du 13-novembre, détenu en Turquie, ndlr), il valait mieux à l'époque ne garder aucune documentation en rapport avec la Syrie et le jihad", a assuré celui qui refuse de se considérer "radicalisé".
Dans ce procès, l'aide matérielle ciblée par l'accusation a pu intervenir pendant la phase préparatoire des attentats ou se matérialiser après le 13 novembre.
Un autre prévenu, Abid Aberkane, est jugé pour avoir caché Salah Abdeslam au domicile de sa mère, à Molenbeek, les derniers jours précédant l'arrestation du jihadiste français, le 18 mars 2016.
- Incident de procédure -
Autre exemple: Smaïl Farisi se voit reprocher, lui, d'avoir prêté son appartement bruxellois à partir d'octobre 2015 à Ibrahim El Bakraoui, un des trois jihadistes qui se sont fait exploser lors des attentats de Bruxelles (32 morts le 22 mars 2016).
Il s'agit du seul prévenu qui doit aussi être jugé - aux assises de Bruxelles à partir de l'automne 2022 - pour ces attentats commis par la même cellule et également revendiqués par l'EI. Smaïl Farisi compte parmi les dix accusés dans le dossier du 22 mars.
Dès l'ouverture du procès, son avocat Sébastien Courtoy a provoqué un incident de procédure en contestant la compétence du tribunal correctionnel pour le juger, au motif que deux procédures l'accusent "pour une seule et même infraction". "On est en train d'essayer de faire le procès des attentats de Bruxelles en violation de la saisine de la cour d'assises", a-t-il protesté.
Me Courtoy a aussi souligné que la défense de Smaïl Farisi justifierait d'entendre certains accusés du procès parisien du 13-novembre. Son rôle est "anecdotique", a soutenu l'avocat, accusant la justice belge d'avoir "raclé les fonds de tiroirs" dans cette enquête.
Après une interruption d'audience, le tribunal a décidé qu'il trancherait cette question au moment de prononcer son jugement, attendu au plus tard le 30 juin.
Le procès continue vendredi toute la journée, avec la suite des interrogatoires des prévenus.
L.Hussein--SF-PST